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Où va l'athlétisme français? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

A quelques jours de l’ouverture des 11èmes Championnats du Monde d’athlétisme à Osaka, il semble légitime de se poser la question. Au creux de la vague lors des Jeux Olympiques de Sidney – avec un zéro pointé en termes de médaille et la désolante image d’une grande championne s’éclipsant à la veille du rendez vous décisif – notre athlétisme national avait ensuite redressé la tête en tirant largement parti de l’organisation des Championnats du Monde de la discipline à Paris Saint-Denis en 2003. Avec 8 médailles dont trois d’or et 14 places de finalistes au cours d’une compétition qui avait rempli le stade de France neuf jours durant, l’Equipe de France réussissait une performance unique dans les annales. Elle se hissait ainsi à la cinquième place au classement des nations.

Qu’il s’agisse de son image ou de son dynamisme global, la discipline avait alors retrouvé un lustre qu’elle avait perdu depuis le milieu des années soixante et les championnats d’Europe de Budapest. L’inévitable contrecoup enregistré lors des Jeux Olympiques d’Athènes l’année suivante (2 médailles de bronze seulement) ne brisait pas l’élan. Ainsi, à Helsinki en 2005 lors de la 10ème édition des Championnats du monde, les athlètes français, encadrés par une Direction Technique Nationale très largement renouvelée quelques semaines plutôt, surfaient avec brio sur la vague ascendante des cinq années précédentes. Ils totalisaient sept médailles (2 en or, 1 en argent, 4 en bronze) et dix-huit places de finalistes, ne reculant que d’une toute petite place (6ème) au classement des nations.

Un inquiétant retournement de tendance

Cependant, dès l’année suivante, les signes d’un inquiétant retournement de tendance sont devenus nettement perceptibles. Pour la première fois de son histoire, le clan tricolore est revenu bredouille des Championnats du Monde en salle à Moscou en mars 2006. Lors des Championnats d’Europe de Göteborg, le total des médailles obtenues dans cette épreuve continentale a à peine dépassé celui des mondiaux de l’année précédente (avec toutefois une amélioration de la couleur : 4 or, 1 argent, 3 bronze). Dans le même temps, les multiples blessures de quelques unes des principales stars de l’athlétisme français et des suspicions de dopage de plus en plus fortes ont commencé à détériorer l’image très positive que ce sport avait offerte au public lors des Championnats du Monde de Paris Saint-Denis. De fait, le déclin du nombre des licenciés dans les jeunes catégories, déclin enrayé dans la période 2002 / 2005,  a repris son cours.

En dépit de l’inaltérable optimisme du Directeur Technique National Franck Chevallier qui envisage un butin de trois à cinq médailles, on peut s’interroger sur les perspectives réelles de l’Equipe de France pour les prochains mondiaux qui débutent à Osaka en fin de semaine. Son prédécesseur Robert Poirier estimait, pour sa part, que l’espérance raisonnable de médailles se situe à 50 % des positions au bilan mondial à la veille de l’épreuve. En clair, si quatre français figurent dans les trois premiers au classement mondial, on peut raisonnablement espérer au moins deux médailles. Probablement pessimiste lorsque la compétition se déroule en Europe, une telle méthode de pronostic risque de s’avérer optimiste lorsque les épreuves ont lieu en Asie ou en Océanie. Il faut en effet tenir compte des inconvénients inhérents à un décalage horaire très défavorable et au long éloignement du collectif France imposé par ce type de déplacement. Or, à ce jour, seul le relais 4 x 100 m masculin figure dans le top 3 annuel et ce serait donc la perspective d’une seule médaille qui n’est même pas garantie. La campagne d’Osaka sera très difficile et l’esprit de corps qui semble aujourd’hui unir l’encadrement ne sera pas de trop pour écarter les fantômes de l’avant Sidney.

De lourdes interrogations pour l’avenir 

A plus long terme, c’est la pertinence des stratégies adoptées par la Fédération depuis le départ de Robert Poirier qui est en cause.

En premier lieu vient la question de l’utilité et de l’efficacité de la Ligue Professionnelle créée en janvier 2007. On peut en effet d’ores et déjà s’étonner que 7 des 23 athlètes validés comme professionnels ne figurent pas dans une sélection (54 athlètes) somme toute assez large. Les blessures n’expliquent pas tout. La professionnalisation était censée s’accompagner d’un meilleur suivi médical et d’une amélioration de la prévention et c’est le contraire auquel on assiste. Au vu d’une telle statistique, peut-on dès lors penser réellement  que le statut professionnel a accru le potentiel athlétique de ceux qui en ont bénéficié ? Va –t-on à l’avenir (par souci d’équité ?) accorder ce statut à tous les athlètes sélectionnés à titre individuel (avec quels moyens financiers ?) ou va-t-on réserver, comme cela avait initialement été envisagé, cette extension à tout ou partie des 29 jeunes de l’opération « destination Athlé 2012 », signifiant implicitement aux autres qu’ils sont des athlètes de second rang et qu’il n’y a pas réellement d’avenir pour eux dans l’athlétisme ? A moins que l’on considère qu’il n’y a aucun lien entre la qualification aux Championnats du Monde et le statut d’athlète professionnel, ces questions-là devront être rapidement tranchées.

La deuxième interrogation qui vient à l’esprit concerne les modalités de sélection. Le choix d’une sélection relativement large, même s’il est discutable et s’il risque de susciter moult polémiques, présente une incontestable pertinence au regard du légitime souci de la Direction Technique de maintenir un niveau de motivation suffisante dans chacune des différentes familles qui compose l’athlétisme. Mais alors, les déclarations fortes et récurrentes au lendemain des grands événements sur la nécessité de ne sélectionner que les athlètes en très grande forme et susceptible d’être dans les huit premiers sont en contradiction totale avec l’option retenue in fine. Elles se révèlent ainsi totalement contreproductives au regard de l’objectif de motivation avancée. Comment en effet justifier aujourd’hui les fortes annonces du Président de la Fédération au lendemain des Jeux Olympiques de 2004, annonces aux termes desquelles, désormais, ne devraient sélectionnés pour les Championnats du Monde et les J.O. que les athlètes potentiellement finalistes ? Sur les 41 athlètes sélectionnés à titre individuel pour Osaka, moins d’une dizaine figurent dans les huit premiers au bilan mondial (à trois par nation) ! Après Athènes, le modèle en matière de critères de sélection semblait être celui de la natation, Claude Fauquet (le DTN de ce sport) ayant d’ailleurs été pressenti comme référent de Franck Chevallier ? Une carrière d’athlète de haut niveau se construit sur dix ans. En changeant la philosophie des modes de sélection tous les deux ou trois ans, on ne construit certainement pas les bases du succès.

L’attitude face au dopage est la troisième et dernière question que nous aborderons ici. Les affaires tant au plan international que national qui défraient la chronique causent un très grand tort à l’athlétisme. De fait, ce sport - reconnu par beaucoup comme sport de base facteur de santé, de bien être et d’équilibre physique – a plus que d’autres beaucoup à perdre dans les différentes affaires de dopage. Aussi, l’attitude adoptée par les autorités fédérales dans la prévention et la lutte contre ce fléau joue et jouera un rôle décisif dans l’image de ce sport aux yeux du public. Mais les récentes interventions du Président de la Fédération sur ce plan ne sont pas nécessairement de nature à rassurer. En affirmant qu’il ne se sentait pas responsable du dopage dans le demi-fond, que le problème était circonscrit à cette discipline et qu’il n’était pas favorable à la mise en œuvre d’une réglementation sur les repentis, le Président a pris le risque de fragiliser une action contre le dopage qui s’est voulue très énergique jusque-là. Même si les actes de dopage engagent incontestablement la responsabilité personnelle de chaque athlète, l’existence du dopage résulte aussi de tout un environnement, environnement dont la Fédération ne peut se laver les mains. Avec une Direction Technique Nationale structurée pour une très large part autour d’une seule spécialité (les haies), la Fédération dispose-t-elle des moyens d’observation des évolutions de notre demi-fond national. La question mérite d’autant plus d’être posée que cette famille de l’athlétisme est effectivement la plus exposée du fait de l’efficacité des formes modernes du dopage (EPO, autotransfusion) et des incitations à y recourir en raison de l’argent (celui des courses sur route) qui circule. Cependant, circonscrire les problèmes du dopage au demi-fond, c’est non seulement aller un peu vite en besogne (l’opinion, à tort ou à raison, pourrait objecter le cas luevy Dovy ou encore se rappeler David Chaussinand et Christophe Cheval) mais aussi prendre le risque de dédouaner les autres spécialités et être rapidement démenti par les faits. Enfin, et surtout, en refusant la mise en œuvre d’une réglementation sur les repentis préconisée à la fois par la fédération internationale et Richard POUND (le président de l’Agence Mondiale Antidopage), le président pourrait être soupçonné de ne pas vouloir bénéficier des informations qui pourraient ainsi émerger et de se donner bonne conscience en sanctionnant lourdement quelques athlètes.

Quelques jours avant le début de la Coupe du Monde de Rugby en France et dans une période où, dans les sports individuels, la natation française occupe le devant de la scène, notre athlétisme va bel et bien jouer une très grosse partie à Osaka.

Jean-Michel CHARBONNEL 

Texte original : www.info-presse.eu

Charbonnel © infopresse sarl

 
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