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Malheureusement sujette à interrogation en raison des innombrables affaires de dopage qui ont secoué le demi-fond français durant la dernière olympiade, la médaille d’argent de Maheidine Mekhissi-Benhabbad ne saurait de toute façon pas faire oublier l’essentiel : les résultats obtenus par l’équipe de France d’athlétisme à Pékin sont mauvais. Le bilan est d’autant plus cruel pour la FFA qu’il intervient après les succès obtenus à Paris en 2003 et à Helsinki en 2005 et alors que ni le Président, ni le DTN, en annonçant deux à quatre médailles, ne semblaient avoir pris, au lendemain des championnats du Monde d’Osaka, la mesure de la débandade en cours de notre athlétisme. Le triste bilan de ces derniers championnats du Monde ne constituait pourtant qu’un indice parmi beaucoup d’autres du déclin de l’athlétisme national : absence de médailles lors des deux dernières éditions des championnats du Monde en salle, net recul des résultats des athlètes français lors des derniers championnats d’Europe, disparition progressive de nos crossmen et de nos marathoniens de la scène internationale, etc.
A Pékin, la France se situe au vingt-neuvième rang au classement des médailles, devancée notamment par 9 des 27 pays de l’Union Européenne. Certes, l’inaltérable optimisme du DTN pourrait trouver là matière à être conforté : ce bilan ressemble à celui d’Athènes et il est meilleur que celui de Sidney. On ne saurait oublier cependant que la France était cinquième lors des mondiaux de 2003 à Paris et sixième en 2005 à Helsinki ! Si on utilise le classement à la « placing table de l’IAAF » (qui attribue huit points pour une médaille d’or et un point au dernier finaliste), la France avec 36 points retombe à des niveaux indignes d’une grande nation européenne. Certes, là encore, elle dépasse les scores obtenus à Sidney (24 pts) et à Athènes (25 pts). Mais que sont devenus les immenses espoirs qu’avaient suscités les nombreuses médailles ou places de finalistes (sans même compter celles de demi-finalistes) obtenues à Paris (70 pts) et à Helsinki (82 pts) ? Nous occupons à nouveau une très modeste quatorzième place loin derrière la Grande Bretagne (71 pts), dépassés par l’Ukraine (50 pts), l’Allemagne (44 pts) ou la Pologne (43 pts), pays de taille comparable à la notre. Ne parlons pas de notre absence, comme à Osaka l’an passé, dans toutes les finales de relais alors que nos équipes y écrivaient traditionnellement quelques unes des plus belles pages de l’athlétisme national.
Incriminer des tendances lourdes pour expliquer ces résultats comme le font actuellement le Président et le DTN est une manière de fuir ses responsabilités. Pour l’athlétisme, l’enjeu de l’olympiade écoulée était cependant clair. Il fallait impérativement capitaliser sur la très bonne image et la dynamique impulsée dans la foulée des championnats du Monde à Paris pour redonner à ce sport le lustre perdu depuis la fin des années soixante et en profiter pour garantir son développement futur. Comme l’avaient montré les expériences d’autres fédérations sportives confrontées à ce type de situation (judo, hand, foot notamment), la tache était assurément délicate mais pas insurmontable. A défaut d’avoir pris conscience de cet enjeu et ayant au contraire concentré les efforts sur un hasardeux et mal préparé projet de Ligue professionnelle, la FFA a incontestablement failli. Sur les vingt-trois athlètes professionnels, sept n’étaient même pas qualifiés pour les Jeux et six seulement sont entrés en finale. La seule médaille française est le fait d’un athlète qui n’appartient pas à cette Ligue professionnelle. A la lecture de ce bilan, les envolées lyriques et le suffrage de République bananière (92 % des voix) qui ont accompagné la création de cette dernière prêtent rétrospectivement à sourire. Rappelant les mauvais souvenirs de Sidney, les dissensions internes qui réapparaissent aujourd’hui sur le devant de la scène illustrent par ailleurs parfaitement les difficultés de cette Fédération à sortir de son nombrilisme et à prendre conscience de la multiplicité et de la complexité des déterminants actuels de la réussite sportive.
Le parcours des athlètes britanniques à Pékin le montre néanmoins : des perspectives claires, des objectifs ambitieux et des lignes de conduite respectées peuvent très rapidement conduire à un net et rapide redressement. Mais lorsque le Président de la Fédération déclare à Athènes en 2004 qu’il n’emmènera à Pékin que les finalistes et que le DTN sélectionne finalement quatre relais dont les parcours calamiteux étaient aisément prévisibles, que valent ses déclarations d’aujourd’hui « « On ne prendra que les techniciens qui ont une expérience du très haut niveau et qui ont fait leurs preuves. » ou « Si nous n'avons pas la même densité que les Etats-Unis avec leurs sélections, il faut néanmoins que les Championnats de France deviennent le couperet, le passage obligatoire pour se qualifier. On y sélectionnera des gens qui ont envie de se battre » ? Comment les athlètes peuvent-ils construire des carrières sportives rigoureuses sur une telle instabilité et de tels manquements aux règles énoncées ? Ne sont-ils pas fondés à avoir, avant tout, le sentiment profond que la démagogie et la permissivité finiront toujours par triompher dans les modes de sélection ?
La FFA a incontestablement un urgent besoin de sang neuf et de réformes profondes. Les responsabilités entre élus et techniciens doivent d’abord y être clarifiées. Un projet précis - s’inspirant des succès obtenus par d’autres fédérations (on pense notamment à la natation et à la richesse des réflexions d’un Claude Fauquet) mais refusant tout mimétisme aveugle et stérile - doit ensuite être élaboré, adopté puis respecté. Les équipes chargées de le mettre en œuvre devront apprendre à travailler collectivement, dans un respect mutuel et en laissant au vestiaire les multiples égocentrismes qui ont, sous les éphémères soleils médiatiques, tant nui à ce sport. La proximité dans l’espace et dans le temps des Jeux Olympiques de Londres offre probablement des opportunités intéressantes. Encore faudrait-il que cette fédération sache se donner réellement les moyens humains et les méthodes de travail pour les saisir et les exploiter pleinement.
Jean-Michel CHARBONNEL
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