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		<title>Joomla! powered Site</title>
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			<title>A propos du livre Le grand Truquage : Les statistiques seront-elles solubles dans le storytelling ?</title>
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A propos du  livre Le grand Truquage :
Les  statistiques seront-elles solubles dans le storytelling ?


 





Chacun  le sait ou le pressent : l&amp;rsquo;&amp;eacute;lection pr&amp;eacute;sidentielle, cl&amp;eacute; de voute de la vie  politique fran&amp;ccedil;aise, se joue sur les capacit&amp;eacute;s respectives des candidats &amp;agrave;  tisser un lien personnel avec le peuple. Dans un monde o&amp;ugrave; le rapport au r&amp;eacute;el  oscille entre t&amp;eacute;l&amp;eacute; r&amp;eacute;alit&amp;eacute;s et chaine tout-info, raconter &amp;agrave; ce peuple des  histoires dans lesquelles il se reconnaisse et se sente impliqu&amp;eacute; est de plus en  plus per&amp;ccedil;u par nos hommes politiques  &amp;ndash; Nicolas  Sarkozy et S&amp;eacute;gol&amp;egrave;ne Royal en t&amp;ecirc;te - comme le meilleur moyen d&amp;rsquo;&amp;eacute;tablir ce lien  privil&amp;eacute;gi&amp;eacute; avec lui. Il n&amp;rsquo;est certainement pas innocent de constater que les  deux pays (Etats-Unis et France) o&amp;ugrave; le storytelling s&amp;rsquo;est impos&amp;eacute; comme mode privil&amp;eacute;gi&amp;eacute; de l&amp;rsquo;action politique, sont ceux o&amp;ugrave;  l&amp;rsquo;&amp;eacute;lection majeure met les candidats directement face au peuple. En ayant cette  contrainte pr&amp;eacute;sente &amp;agrave; l&amp;rsquo;esprit, on comprend mieux le cheminement intellectuel  qui a conduit un ancien Commissaire au plan devenu conseiller sp&amp;eacute;cial du Pr&amp;eacute;sident  de la R&amp;eacute;publique &amp;agrave; affirmer  dans un  grand journal du soir : &amp;laquo; La  politique c&amp;rsquo;est &amp;eacute;crire une histoire partag&amp;eacute;e par ceux qui la font et par ceux &amp;agrave;  qui elle est destin&amp;eacute;e. On ne transforme pas un pays sans &amp;ecirc;tre capable d&amp;rsquo;&amp;eacute;crire  et de raconter une histoire (&amp;hellip;) &amp;raquo;.
N&amp;eacute;  aux Etats-Unis au d&amp;eacute;but des ann&amp;eacute;es quatre-vingt-dix et pr&amp;eacute;conis&amp;eacute; aussi bien par  les conseillers de Clinton que par ceux de Bush, le storytelling est une m&amp;eacute;thode emprunt&amp;eacute;e au marketing qui enjoint aux  acteurs politiques de substituer &amp;agrave; l&amp;rsquo;&amp;eacute;clairage des raisonnements des citoyens  une synchronisation de leurs &amp;eacute;motions. L&amp;rsquo;objet de la politique n&amp;rsquo;est d&amp;egrave;s lors plus  de convaincre les &amp;eacute;lecteurs &amp;agrave; partir d&amp;rsquo;argumentaires rigoureusement construits  sur des donn&amp;eacute;es objectives mais de fasciner un public qu&amp;rsquo;il convient avant tout  de capter, puis de conserver. En effet, sans une performance &amp;agrave; l&amp;rsquo;audimat, pas  de nouvelles &amp;eacute;missions de t&amp;eacute;l&amp;eacute;vision ou de radio et sans une pr&amp;eacute;sence assidue &amp;agrave;  l&amp;rsquo;antenne, pas de ces bons sondages qui font de vous le candidat id&amp;eacute;al !  Avec de tels pr&amp;eacute; requis dans la mani&amp;egrave;re d&amp;rsquo;aborder la politique, il n&amp;rsquo;est pas &amp;eacute;tonnant  de constater que la derni&amp;egrave;re campagne pr&amp;eacute;sidentielle a, &amp;agrave; de nombreux &amp;eacute;gards,  ressembl&amp;eacute; bien souvent &amp;agrave; une &amp;eacute;mission de la Star acad&amp;eacute;mie. Ce qui comptait  alors pour les candidats n&amp;rsquo;&amp;eacute;tait pas tant   de d&amp;eacute;crire avec pr&amp;eacute;cision la r&amp;eacute;alit&amp;eacute; sociale de la France (cf. les  nombreuses approximations de part et d&amp;rsquo;autre lors du d&amp;eacute;bat Sarkozy-Royal) et  les correctifs &amp;eacute;ventuels &amp;agrave; y apporter que d&amp;rsquo;entrer en r&amp;eacute;sonance avec les peurs  et les fantasmes d&amp;rsquo;une large fraction de nos concitoyens.
Cette  inqui&amp;eacute;tante &amp;eacute;volution de la d&amp;eacute;mocratie, en apparence in&amp;eacute;luctable, ne cesse  cependant de d&amp;eacute;sesp&amp;eacute;rer  de nombreux  militants, sympathisants ou simples &amp;eacute;lecteurs. Derri&amp;egrave;re les symboles et les  r&amp;eacute;f&amp;eacute;rences mythiques dont on truffe les discours, il y a en effet l&amp;rsquo;implacable  r&amp;eacute;alit&amp;eacute; des choix politiques. Lorsque le storytelling permet de vendre la guerre en Irak &amp;agrave; l&amp;rsquo;opinion publique am&amp;eacute;ricaine, ce sont  des vies humaines qui sont en jeu an nom de la lutte contre l&amp;rsquo;axe du Mal. Lorsque la c&amp;eacute;l&amp;eacute;bration  d&amp;rsquo;une victoire &amp;eacute;lectorale au Fouquet&amp;rsquo;s permet de faire avaliser le bouclier  fiscal, ce sont des in&amp;eacute;galit&amp;eacute;s de revenus et de patrimoine qui se creusent au  nom de la juste r&amp;eacute;mun&amp;eacute;ration du m&amp;eacute;rite.  La soci&amp;eacute;t&amp;eacute; m&amp;eacute;diatique et internet ont estomp&amp;eacute; voire aboli les fronti&amp;egrave;res entre  le virtuel et le r&amp;eacute;el, entre l&amp;rsquo;image et la r&amp;eacute;alit&amp;eacute; quotidienne. Mais la  rocambolesque aventure de J&amp;eacute;rome Kerviel vient encore de le prouver : le  r&amp;eacute;el finit toujours par se venger ! Nos hommes politiques feraient bien de  s&amp;rsquo;en souvenir, surtout dans un pays o&amp;ugrave; la long&amp;eacute;vit&amp;eacute; dans la carri&amp;egrave;re est la r&amp;egrave;gle.  Avant de se vautrer dans les d&amp;eacute;lices du storytelling,  ils auraient peut-&amp;ecirc;tre int&amp;eacute;r&amp;ecirc;t &amp;agrave; soupeser les risques qu&amp;rsquo;ils prennent &amp;agrave; &amp;eacute;riger  la gestion de l&amp;rsquo;&amp;eacute;ph&amp;eacute;m&amp;egrave;re et des &amp;eacute;motions comme mode de gouvernance. Au lieu de  chercher &amp;agrave; surfer avec virtuosit&amp;eacute;  sur  des repr&amp;eacute;sentations fantasm&amp;eacute;es de la r&amp;eacute;alit&amp;eacute;, peut-&amp;ecirc;tre auraient-ils plus  int&amp;eacute;r&amp;ecirc;t &amp;agrave; s&amp;rsquo;attacher &amp;agrave; utiliser les moyens modernes de communication pour faire  &amp;eacute;voluer les repr&amp;eacute;sentations du social de nos concitoyens dans un sens plus  conforme au v&amp;eacute;cu de notre pays. Ils &amp;eacute;viteraient ainsi le fr&amp;eacute;quent effet  boomerang de mesures mal comprises par une opinion dont la perception du monde  est fauss&amp;eacute;e par les fictions qu&amp;rsquo;on lui sert quotidiennement.
L&amp;rsquo;action  politique n&amp;eacute;cessite certainement de dire des choses simples dans un langage qui  n&amp;rsquo;est pas n&amp;eacute;cessairement tout &amp;agrave; fait exact sur des sujets souvent complexes. L&amp;rsquo;homme  politique est incontestablement tenu de s&amp;eacute;duire pour exister et son message  politique se doit donc d&amp;rsquo;&amp;ecirc;tre bref et percutant pour toucher l&amp;rsquo;&amp;eacute;lecteur. Les  faits &amp;eacute;tant g&amp;eacute;n&amp;eacute;ralement t&amp;ecirc;tus,  il n&amp;rsquo;est  pas pour autant fond&amp;eacute; &amp;agrave; en profiter pour travestir la r&amp;eacute;alit&amp;eacute; dans le but de  justifier son action ou pour coller aux &amp;eacute;motions du jour. Dans le monde  complexe et hyper m&amp;eacute;diatis&amp;eacute; d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui, la p&amp;eacute;dagogie autour des mesures  qu&amp;rsquo;il fait adopter constitue certes un &amp;eacute;l&amp;eacute;ment d&amp;eacute;terminant pour le succ&amp;egrave;s de sa  politique. Mais les citoyens ont droit &amp;agrave; une information compl&amp;egrave;te et aussi  objective que possible et non &amp;agrave; des r&amp;eacute;cits h&amp;eacute;ro&amp;iuml;ques visant seulement &amp;agrave; le  mettre en valeur et &amp;agrave; enjoliver la r&amp;eacute;alit&amp;eacute;. Celle-ci finit toujours par s&amp;rsquo;imposer  sur la fiction En pleine crise &amp;eacute;conomique, le &amp;laquo; bling &amp;ndash; bling &amp;raquo; de notre Pr&amp;eacute;sident au d&amp;eacute;but de son mandat se  r&amp;eacute;v&amp;egrave;le d&amp;eacute;sormais totalement contre performant et le &amp;laquo; bla &amp;ndash; bla &amp;raquo; (la  multiplication des annonces) d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui risque &amp;agrave; terme de produire les m&amp;ecirc;mes  effets. De m&amp;ecirc;me, le geste compassionnel &amp;agrave; l&amp;rsquo;&amp;eacute;gard d&amp;rsquo;un handicap&amp;eacute;, si touchant  soit-il, n&amp;rsquo;a pas conduit S&amp;eacute;gol&amp;egrave;ne Royal &amp;agrave; la victoire et la r&amp;eacute;cent litanie de  ses excuses au nom du peuple fran&amp;ccedil;ais n&amp;rsquo;a pas enray&amp;eacute; la chute de sa cote de  popularit&amp;eacute;. 
Missionn&amp;eacute;  pour d&amp;eacute;crire et d&amp;eacute;crypter ce r&amp;eacute;el que semblent fuir les politiques, le  statisticien se doit, lui, de dire des v&amp;eacute;rit&amp;eacute;s tout &amp;agrave; fait exactes, quitte &amp;agrave;  les dire avec des termes ou des cat&amp;eacute;gories peu accessibles pour le grand  public. Pour ce dernier, la fiabilit&amp;eacute; et la qualit&amp;eacute; de l&amp;rsquo;information d&amp;eacute;livr&amp;eacute;e  sont les valeurs essentielles quand les politiques sont avant tout jug&amp;eacute;s sur  leurs capacit&amp;eacute;s &amp;agrave; convaincre. Cependant, sous r&amp;eacute;serve du respect conjoint  d&amp;rsquo;une &amp;eacute;thique de la chose publique fond&amp;eacute;e sur la recherche du bien commun, ces  d&amp;eacute;calages ne sont pas en eux-m&amp;ecirc;mes un r&amp;eacute;el probl&amp;egrave;me. Un usage des statistiques  conforme au code de bonnes pratiques d&amp;eacute;fini &amp;agrave; l&amp;rsquo;&amp;eacute;chelon europ&amp;eacute;en est en effet  de nature &amp;agrave; faire &amp;eacute;voluer les repr&amp;eacute;sentations de l&amp;rsquo;opinion dans un sens  conforme &amp;agrave; l&amp;rsquo;int&amp;eacute;r&amp;ecirc;t g&amp;eacute;n&amp;eacute;ral. A partir de ces repr&amp;eacute;sentations renouvel&amp;eacute;es, le  politique sera mieux &amp;agrave; m&amp;ecirc;me de remplir sa mission en faisant des propositions  ou en prenant des mesures acceptables pour le plus grand nombre. Nos  gouvernants doivent donc se garder de f&amp;eacute;tichiser les chiffres dans leur souci  de d&amp;eacute;livrer les messages qui feront tilt, de les tordre ou de les sortir de  leurs contexte afin de mieux les enr&amp;ocirc;ler au service de leurs desseins. Il ne  faut certes que quelques secondes &amp;agrave; un pol&amp;eacute;miste avis&amp;eacute; pour accr&amp;eacute;diter une id&amp;eacute;e  fausse alors qu&amp;rsquo;il faudra plusieurs minutes voire quelques heures au  statisticien pour d&amp;eacute;montrer qu&amp;rsquo;elle est fausse. Mais l&amp;rsquo;exigence de v&amp;eacute;rit&amp;eacute; doit  imp&amp;eacute;rativement rester au c&amp;oelig;ur du d&amp;eacute;bat d&amp;eacute;mocratique sous peine de voir le  peuple se retourner violemment contre ses &amp;eacute;lites politiques, dans un de ces  soubresauts dont la France a le secret.
La manipulation des  statistiques a toujours constitu&amp;eacute; une forte tentation pour les pouvoirs en  place. Sous l&amp;rsquo;influence des spin doctors et de la mode du storrytelling, nos  gouvernants actuels semblent, h&amp;eacute;las, y avoir d&amp;eacute;finitivement c&amp;eacute;d&amp;eacute;e. Seule  l&amp;rsquo;histoire nous dira s&amp;rsquo;ils y ont r&amp;eacute;ellement gagn&amp;eacute; mais ce qui est s&amp;ucirc;r d&amp;egrave;s  aujourd&amp;rsquo;hui, c&amp;rsquo;est que la d&amp;eacute;mocratie dans notre pays, elle, y a beaucoup perdue !


Jean-Michel CHARBONNEL


Pour en  savoir plus :
Storytelling , La  machine &amp;agrave; fabriquer des histoires et &amp;agrave; formater les esprits
Christian SALMON, La D&amp;eacute;couverte Poche / Essais 293, novembre  2008.
Le grand truquage, Comment  le gouvernement manipule les statistiques
Lorraine DATA, Cahiers libres, mai 2009.

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			<category>La chronique - La chronique</category>
			<pubDate>Tue, 05 May 2009 11:02:43 +0100</pubDate>
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