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Si l’on se fie aux déclarations actuelles des candidats déclarés ou putatifs, la réforme de notre système éducatif devrait être un des axes forts du débat présidentiel qui s’annonce. En fait, l’indispensable refondation de ce système ne sera probablement pas au cœur de ce débat bien que le malaise de notre école républicaine - de la maternelle au lycée – soit profond et à tout moment palpable.
Qu’on les repère au niveau du système dans son ensemble ou au niveau de chacun des acteurs (parents, enseignants et élèves), les symptômes de ce malaise sont en effet multiples :
- Jour après jour, diverses statistiques et études montrent à quel point l’école considérée jusqu’ici, à tort ou à raison, comme un ascenseur social est en fait devenue surtout un « descenseur » et un vecteur de la relégation sociale pour les quelques cent cinquante mille jeunes qui en sortent sans diplôme ;
- Les frustrations sur ce que produit réellement l’école sont si vives qu’un véritable psychodrame national peut s’enclencher au moindre soupçon de fraude lors du baccalauréat, un psychodrame que des interventions ministérielles, totalement décalées si on prend un peu de recul, au journal télévisé de 20 heures ne manqueront pas d’entretenir et d’amplifier ;
- Qu’il s’agisse des programmes des syndicats estampillés à droite ou de ceux des organisations traditionnellement classées à gauche, la lecture du matériel de campagne pour les élections professionnelles qui viennent de se dérouler à tous les niveaux de l’Education Nationale est édifiante. Elle confirme l’existence au mieux d’un corporatisme exacerbé, au pire d’un conservatisme et d’un esprit réactionnaire, révélateurs en fait de la crise identitaire durable du monde enseignant.
- A la moindre rumeur, propagée il est vrai à la vitesse de la lumière par Facebook et autres réseaux sociaux, de très nombreux lycéens apparaissent prêts à descendre dans la rue et à organiser des blocus autour de leurs établissements, des mobilisations spontanées qui sont d’abord le signe d’un profond mal-être au sein de ceux-ci.
Ainsi, dans une société française atteinte de «diplômite aigüe », les attentes de la nation à l’égard de son système éducatif sont telles que les différents candidats à la prochaine élection présidentielle devraient normalement être enclins à se positionner par rapport à ce malaise et tenter de dégager des éléments programmatiques pour y répondre. Pourtant, rien n’est moins sûr et les conséquences pour le moins controversées des brèves incursions sur la question lors de la précédente campagne en 2007- proposition d’assouplissement de la carte scolaire notamment – seraient plutôt de nature à les convaincre de remiser au placard les ambitieux projets de réforme concoctés par leurs équipes de campagne.
Une campagne électorale ne se construit en effet pas sur des réalités, fussent-elles clairement établies par les chercheurs et les administratifs en charge du dossier. Elle s’articule nécessairement sur les représentations que les électeurs se font de cette réalité et sur les attentes qui en découlent. Or, en matière scolaire, les représentations des électeurs sont malheureusement fort éloignées de la réalité ! Beaucoup trop vaste et trop complexe, le système éducatif ne peut être appréhendé dans sa globalité par l’électeur moyen, même très imparfaitement. Sa complexité et sa centralisation actuelle sont d’ailleurs les meilleurs atouts pour la perpétuation de l’existant. Il ne faut pas chercher d’autres raisons à l’attachement des syndicats au caractère national du baccalauréat et des concours de recrutement.
Parce qu’il ne peut penser autrement le système scolaire, le citoyen se réfère à ce qu’il pense être le vécu de ses enfants pour définir ses attentes à l’égard de ce dernier. Mais comme en réalité, il n’est impliqué dans la vie des établissements qu’à dose très homéopathique et qu’il n’entre de surcroit jamais dans les classes, sa perception de l’école d’aujourd’hui est en réalité forgée par l’inconscient de l’élève qu’il a été. Dès lors, conforté par l’aspect pratiquement immuable de la structuration du temps et de l’espace dans les établissements et par la permanence des dénominations et des contenus affichés des examens, l’électeur / citoyen / parent, ne peut qu’être empreint de représentations totalement dépassées. De fait, il est dans l’incapacité de comprendre ce qui se joue aujourd’hui réellement dans les classes et, au-delà, dans l’ensemble du système éducatif. Les conséquences de la massification sur l’hétérogénéité des classes ou les mutations fondamentales dans les capacités cognitives et non cognitives, dans le rapport au savoir ou les modes d’acquisition des connaissances de l’immense majorité des élèves lui restent ainsi très largement étrangères. Ce d’autant plus que nombre d’enseignants préfèrent s’attacher à l’aspect théâtral de leurs cours plutôt que s’efforcer de comprendre ce qui se passe réellement dans la tête des élèves. En basant contenus et programmes sur l’élève idéal et non sur les élèves réels, l’institution entretient de façon coupable ce décalage entre les représentations et la réalité de l’école.
Véritable matrice culturelle du pays, notre système scolaire ne peut être refondé sans un minimum de consensus, un consensus forgé à partir d’une perception claire des enjeux de cette refondation en partant des réalités d’aujourd’hui : hypercentralisation, rythmes scolaires inadaptés, démesure des programmes, méthodes pédagogiques et examens surannées, trop forte homogénéité sociale du corps enseignants, etc. De même qu’on ne ravaude pas un tissu mité, on ne peut se contenter de réformes ponctuelles du système éducatif, au risque d’en cumuler les effets pervers sans même en atteindre les objectifs ! L’indispensable refondation de notre système scolaire implique la mise en œuvre de pré requis dont il convient de ne pas sous estimer le coût politique. Une réelle rupture avec l’élitisme républicain qui est au cœur des logiques institutionnelles profondes de l’Education Nationale - logiques héritées de la période Napoléonienne - impose d’inscrire l’action politique en ce domaine dans la longue durée, bien au-delà d’un seul quinquennat.
En ces périodes de vaches maigres budgétaires, le plus urgent dans l’immédiat est sans doute d’œuvrer pour une profonde décentralisation du système en privilégiant une ouverture des établissements scolaires sur le milieu environnant et en travaillant à la mise en œuvre progressive d’une autonomie des établissements tant dans la définition d’une large partie des horaires et de leurs activités que dans la gestion des personnels.
Jean-Michel CHARBONNEL
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